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L’Afrique réagit à l’instabilité et la baisse des produits de base agricoles.
Aujourd’hui et depuis de nombreuses années, les économies nationales fortement dépendantes de l’exportation de matières premières agricoles sont gravement fragilisées.
Cette situation met en péril la survie de dizaines de millions de personnes.
Elle s’explique notamment par une dynamique chaotique de formation des prix de marché de ces produits de base agricoles. A l’échelle internationale, ces prix sont en effet caractérisés par une instabilité permanente et une baisse à long terme.

Dans ce contexte, l’Afrique a récemment réagi dans le cadre des négociations agricoles menées au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
En l’occurrence, le Groupe africain (41 Etats-membres de l’OMC) a formulé en juin dernier une proposition qui plaide notamment pour une régulation des prix de marché des matières premières agricoles, en vue d’assurer des prix plus stables et plus rémunérateurs. Le cacao illustre bien les enjeux et les perspectives d’une telle proposition.

LA DEPENDANCE AFRICAINE AUX MARCHES A L’EXPORTATION DU CACAO

Au cours de la période 2000/2005, la production mondiale de cacao s’est élevée à 3.538 milliers de tonnes en moyenne chaque année.
La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) l’a assuré à elle seule environ 63% de cette production annuelle, soit une moyenne de 2.231 milliers de tonnes, pour l’essentiel assurée par trois pays : la Côte d’Ivoire (38%), le Ghana (15%) et le Nigeria (10%) (Koning, Jongeneel, 2006).

Le CEDEAO a été créée en 1975. Elle est un regroupement régional de quinze pays : Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée Conakry, Guinée Bissau, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sierra Leone, Sénégal, Togo. La Mauritanie s’est retirée en 1999 (Plateforme Agir ensemble, 2006).

CacaoyerComme le cacao ne fait pas l’objet d’une demande importante au sein de la CEDEAO, l’essentiel de la production originaire de cette région du monde est exportée.
Ce faisant, les recettes engendrées par sa commercialisation dépendent principalement des prix mondiaux.
Des recettes qui jouent un rôle majeur dans l’économie de la Côte d’Ivoire, par exemple. Ainsi, on estime que la culture du cacao représente en moyenne un peu moins de 30% des recettes totales à l’exportation du pays, et aux alentours de 15% de son Produit intérieur brut (Lia Lyasilve, 2006).
Autrement dit, lorsque les revenus engrangés par la vente du cacao sont faibles, c’est toute l’économie nationale qui en souffre, or justement, ces revenus ont de manière générale considérablement baissé depuis de longues années, suite à la dégradation considérable des prix internationaux du cacao.

L’INSTABILITE ET LA BAISSE A LONG TERME DES PRIX MONDIAUX DU CACAO

Entre 1980 et 2002, les prix mondiaux annuels du cacao ont baissé en valeur nominale de 58% En valeur réelle, c’est-à-dire en tenant compte de l’inflation intervenue tout au long de cette période et dont la conséquence a été une diminution progressive du pouvoir d’achat des agriculteurs, la chute de prix observée est de 80,8%.

La valeur « nominale » d’un bien ou d’une marchandise (par exemple une matière première agricole) est la valeur de ce bien ou de cette marchandise lorsqu’elle est mesurée sans tenir compte de l’inflation.
L’inflation correspond à une hausse du prix moyen des biens et services. Les prix de certains biens ou services augmentent plus lentement que d’autres.
Il peut également arriver que les prix de quelques biens ou services diminuent alors que ceux de la majorité des autres biens ou services croissent.
Globalement, on observe que le coût de la vie a progressivement augmenté pour les agriculteurs des pays en développement.
Autrement dit, le revenu qu’ils tiraient de la production et de la vente du cacao, par exemple, ne leur permettait plus en 2002 d’acheter autant de biens ou services qu’il le faisait en 1980.
Si l’on tient compte de cela, il faut en conclure que la chute de prix du cacao est en réalité plus importante encore qu’en valeur nominale.
La valeur « réelle » se distingue de la valeur nominale par la prise en compte de l’inflation.

On l’imagine aisément, pour un pays comme la Côte d’Ivoire, la chute de prix du cacao a de graves répercussions sur la vie quotidienne des producteurs, de leurs familles et de franges plus larges de la population.
Sur une population totale de 15 millions de personnes, on estime à près de six millions le nombre d’Ivoiriens vivant directement ou indirectement de la production et de la vente du cacao.
C’est en partie pour protester contre le nouveau prix d’achat de la fève aux producteurs que ceux-ci lançaient, le 16 octobre dernier, un mouvement de grève national et des manifestations.
Le nouveau prix d’achat a été fixé à 400 francs CFA (0,61 euro) le kilo.
Il est insuffisant pour assurer de bonnes conditions de vie aux producteurs et à leurs familles. Ces producteurs demandent qu’il remonte à 600 FCFA.

L’Association nationale des producteurs de café-cacao de Côte d’Ivoire (Anaproci) regroupe la majorité des 600.000 planteurs de cacao de Côte d’Ivoire.
Outre une hausse du prix d’achat du cacao au producteur, elle réclame également une réduction de 100 FCFA/kg du Droit unique de sorti (Dus), une taxe à l’exportation qui s’élève actuellement à 220 FCFA/kg (AFP, 2006). 

A Abengourou (400 km à l’est d’Abidjan), les planteurs ont déserté leurs champs et organisé un sit-in devant la préfecture, où ils ont remis une motion qui dénonce « la baisse continue de leur pouvoir d’achat depuis plusieurs années ».
L’un d’entre eux, Kouao N’Dri N’Gouandi, déplorait : «Nous nous appauvrissons à chaque campagne alors que nous n’avons pas arrêté de produire » (AFP, 2006).

DES STRATEGIES DE DIVERSIFICATION MISES A MAL

Si les pays fortement dépendants de l’exportation des produits agricoles de base étaient en mesure de réduire cette dépendance, leurs économies ne seraient pas aussi vulnérables à l’instabilité et la baisse à long terme des prix de ces matières premières.
Malheureusement, les tentatives de diversification des économies locales se heurtent à de nombreux obstacles.
Lorsque les pays tributaires des matières premières agricoles tentent de diversifier leurs économies en développant la transformation locale, leur enthousiasme est découragé par ce que l’on appelle « l’escalade tarifaire » ou « progressivité des droits de douane ».
On parle d’ « escalade tarifaire » lorsqu’un pays importe un produit donné en lui appliquant des droits de douane d’un montant d’autant plus élevé que ce produit présente un plus haut degré de transformation.
En d’autres termes, plus le produit présentera un degré de transformation élevé, plus il sera taxé lors de son importation.
Dans le secteur du cacao, la progressivité des droits s’étend par exemple aux Etats-Unis de zéro pour le cacao brut à près de 15% pour les produits transformés à partir de cette matière première (Lamy, 2006).

POURQUOI LES PRIX SONT-ILS INSTABLES ET BAISSENT-ILS A LONG TERME ?

Quelles que soient les raisons conjoncturelles expliquant telle fluctuation des prix mondiaux du cacao ou telle autre, c’est fondamentalement l’absence de mécanismes de « gestion de l’offre » qui explique l’instabilité permanente des prix et rend possible leur baisse à long terme.
Entendue au sens large, la « gestion de l’offre » regroupe l’ensemble des instruments permettant l’adaptation de l’offre à la demande : quotas de production, quotas à l’exportation, taxes à l’exportation, mécanismes de stockage des excédents sur le marché, etc.

Les mécanismes de stockages des excédents, souvent appelés « stocks régulateurs », consistent à prélever les excédents en cas de surproduction afin de faire remonter des prix trop bas (loi de l’offre et de la demande), et à les remettre ensuite au besoin sur le marché en cas de trop grande raréfaction de l’offre, afin de faire dès lors redescendre des prix trop élevés. 

Sous l’effet de la libéralisation de l’agriculture, dont la logique prescrit notamment la libre fluctuation de l’offre et de la demande, le marché mondial du cacao est aujourd’hui libéralisé. Il n’est en effet plus question d’intervenir sur le marché pour tenter de garantir des prix suffisamment stables et décents.
Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. Historiquement, des politiques de régulation des prix de marché du cacao ont existé à l’échelle internationale. Depuis 1972, plusieurs Accords Internationaux sur le Cacao (ICCA) avaient été conclus entre pays producteurs et pays consommateurs afin de stabiliser le prix du cacao sur le marché mondial.
Ces accords reposaient notamment sur des quotas d’exportation et des stocks régulateurs, financés par l’Organisation Internationale du Cacao (ICCO).
Les mécanismes de stabilisation des prix compris dans l’ICCA permettaient de maintenir le prix mondial du cacao entre un prix plancher et un prix plafond, au bénéfice tant des pays producteurs que des pays consommateurs.
Mais dans les années 80, les choses ont radicalement changé.
Les mécanismes en place de stabilisation des prix ne réussissaient plus à enrayer une chute importante du prix du cacao sur le marché mondial.
Une des raisons à cette évolution était une croissance importante de l’offre, en partie liée à l’expansion des cultures de cacao en Asie du Sud-Est.
Les excédents de cacao ont alors poussé les prix à la baisse.
Pour tenter de maintenir les prix au-dessus du prix plancher, l’ICCO devait alors acheter des quantités de plus en plus importantes de cacao.
Très vite, les fonds lui ont manqué pour ce faire.
En 1994, les mécanismes de stabilisation des prix compris dans l’ACCI se sont effondrés définitivement (de Boeck, 2001).

LA REPONSE DU GROUPE AFRICAIN A L’OMC

Pour autant, la situation est-elle désespérée ? Ce n’est en tout cas pas l’avis des gouvernements des pays africains.
Afin de contribuer à résoudre les problèmes rencontrés par les pays tributaires des produits de base agricoles (dont le cacao), ces gouvernements ont en effet entrepris différentes démarches au cours de ces trois dernières années.
La plus récente d’entre elles est la Communication adressée le 7 juin 2006 par le Groupe africain auprès du Comité de l’Agriculture de l’OMC.
Dans cette Communication (TN/AG/GEN/18), le Groupe africain a formulé quatre propositions majeures quant aux modalités à adopter pour les négociations sur les questions relatives aux produits de base agricoles.
Parmi ces quatre propositions figurent les deux suivantes :

  • L’adoption par l’OMC d’un instrument juridique approprié autorisant clairement les pays producteurs, seuls ou avec les pays consommateurs, à procéder collectivement à des arrangements internationaux en vue de stabiliser les prix à l’exportation des produits agricoles primaires à des niveaux équitables et rémunérateurs.
    De tels arrangements reposeront notamment sur le recours à un contrôle de la production excédentaire et/ou à l’imposition de restrictions à l’exportation.
  • L’adoption de modalités permettant des réductions satisfaisantes du niveau de la progressivité des tarifs, réductions que les pays producteurs tributaires des produits de base négocieront avec les Etas-membres qui maintiennent une escalade tarifaire élevée.
Pour l’heure et depuis le 26 juillet dernier, l’ensemble des négociations menées à l’OMC sont officiellement suspendues.
Mais elles ne le seront pas éternellement.
Dans la perspective de reprise des négociations, les propositions formulées le 7 juin 2006 par le Groupe africain représentent une formidable opportunité.
Celle de contribuer à résoudre les difficultés auxquelles doivent faire face les pays fortement dépendants des matières premières agricoles, et de réguler davantage l’ensemble de l’agriculture mondiale dans l’intérêt des agriculteurs du Sud comme du Nord.
L’ensemble des Etats-membres de l’OMC la saisiront-elles ?

Stéphane Parmentier, Département Actions Sources

  • Agence France-Presse (AFP), « Cacao: grève des producteurs contre le nouveau prix d’achat », le 16 octobre
    2006, consulté sur le site Internet http://www.jeuneafrique.com
  • De Boeck G., le marché mondial du cacao. Qui est chocolat ?, Oxfam-Magasins du monde, 2001
  • Groupe africain à l’OMC, « Modalités pour les négociations sur les questions relatives aux produits de base agricoles. Proposition présentée par le Groupe africain à la session extraordinaire du Comité de l’Agriculture » (TN/AG/GEN/18), OMC, 7 juin 2006
  • Koning N., Jongeneel R., Souveraineté alimentaire et cultures d’exportation. La CEDEAO peut-elle créer un OPEP du cacao durable ?, Université de Wageningen, octobre 2006
  • Lia Lyasilve J.S., « Côte d’Ivoire: Campagne café-cacao 2006-2007, la filière bout de revendications », le 5 octobre 2006, consulté sur le site internet de allAfrica.com : http://fr.allafrica.com
  • LAMY P., « L’agriculture et les négociations commerciales de l’OMC au congrès mondial des agriculteurs de la FIPA à Séoul. Allocution de Monsieur Pascal Lamy, Directeur général de l’OMC », dans LE BULLETIN de la FIPA sur le commerce et le développement, Fédération Internationale des Producteurs Agricoles (FIPA), mai 2006
  • Robbins P., Stolen Fruit. The tropical Commodities Disaster, Global Issues, 2003